Entre le marteau et l’écume
Béatrix Beck




Abigaïl, chatte

Écureuil, loup, jeune fille, pousse des cris de rossignol
Mange cœur et foie sanglants
Au plus profond du lit, griffe le talon de la femme, hume la main
de l’homme
Boit le lait du nourrisson
Tue la souris Adélaïde la lance au septième ciel
Offre le cadeau le cadavre aux époux bien-aimés
S’endort justifiée, sa queue, sa traîne entre ses gants de fourrure
Tes amants, tes enfants morts ou vifs, tu ne t’en souviens plus
Muse quadrupède, égérie sur un arbre, ton regard mystique interroge Dieu et le boucher


De l’œuvre poétique de Béatrix Beck (1914-2008) nous ne connaissions jusqu’alors que les onze poèmes publiés dans la plaquette Mots Couverts en 1975. Dans un entretien datant de 1997, elle affirmait pourtant : “J’ai par ailleurs un recueil dactylographié, qui n’est pas imprimé… Il le sera peut-être après qu’il me soit arrivé quoi que ce soit…” Ce recueil inédit, intitulé Entre le marteau et l’écume, ouvre ce volume des poésies complètes qui réunit par ailleurs Mots couverts et de nombreux poèmes publiés en revue.

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En 1967, Béatrix Beck a publié Cou coupé court toujours aux éditions Gallimard. Le roman suivant, L'épouvante l'émerveillement, paraît au Sagittaire en 1977. Le long silence éditorial qui sépare ces deux titres cache en réalité une intense activité et plusieurs parutions plus ou moins confidentielles.
En 1966, Béatrix Beck est professeur invitée à l'université de Berkeley, en Californie, l'année suivante à Hollins College, en Virginie, puis à partir de 1968 à l'université Laval de Québec. Elle rédige de nombreux cours pour ses étudiants dont l'un, consacré au Nouveau Roman, est publié par les Presses de l'université Laval. Parallèlement, elle écrit et propose à Gallimard qui le refuse Tout le monde s'appelle Aronovitch, tentative précisément de Nouveau Roman, dont le manuscrit a disparu. Une nouvelle, “Dans la fourrure”, qui préfigure Josée dite Nancy, paraît au printemps 1975 dans la revue Artitudes. En ce début des années 1970, Béatrix Beck est donc un écrivain sans éditeur et c'est à ce moment que la pratique poétique prend son ampleur. Ses poèmes témoignent d'un bouillonnement créatif, d'une exploration passionnée de nouveaux modes d'écriture et radicalisent la rupture amorcée par Cou coupé court toujours avec la période du cycle autobiographique. La noirceur qui sourd de ses poèmes marque la violence de cette transition (“Fais la peau à la poésie cette hérésie / Langue maquerelle dans le bordel de ma bouche / Les mots racolent sur le trottoir des lignes / Les mots les molosses me molestent”) et la tabula rasa qu'elle implique (“Les mots les molochs m'immolent / On m'arrache la langue maternelle”).
La poésie est à la fois matrice et réservoir de l'œuvre à venir. Béatrix Beck y développe les thèmes qui nourriront ses écrits dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Comment, pour ne citer qu'un exemple, ne pas voir dans les poèmes consacrés au cirque la source du roman Une lilliputienne ? Elle invente également une forme dialoguée qui la mène directement de la poésie aux récits brefs qu'elle privilégiera à la fin de sa vie : il n'est pas anodin que quelques poèmes d'Entre le marteau et l'écume soient repris quasiment mot pour mot dans le recueil de nouvelles Prénoms paru en 1996.
Ce qui pouvait apparaître comme un hapax s'avère bien plus fondamental à la compréhension de son œuvre.

Le premier poème publié de Béatrix Beck dont nous avons retrouvé trace est “Nuit Jour”. Il a paru en 1969 dans Cylindre, ouvrage collectif réalisé par les étudiants de l'université Laval. Deux poèmes paraissent ensuite dans la revue de Maurice Nadeau, Les lettres nouvelles : “Établissement psychiatrique” en 1972 et “Foire” fin 1974. La correspondance échangée avec André Blavier en vue de la publication de Mots couverts nous montre que les poèmes qui y sont publiés en 1975 correspondent peu ou prou à l'intégralité de ceux que Béatrix Beck a écrits jusqu'alors. Enfin de 1976 à 1979, c'est dans la revue flamande Ko-ko qu'elle fait paraître régulièrement ses poèmes, alors qu'elle a retrouvé un éditeur, Le Sagittaire, pour ses romans.
Le recueil inédit Entre le marteau et l'écume est la somme de ces multiples publications poétiques. S'il est difficile d'en dater la composition, on peut penser qu'il est achevé au début des années quatre-vingt. Béatrix Beck avait en effet coutume d'écrire sur des papiers et cartons récupérés, en particulier au verso de lettres qu'elle recevait. La quatrième page du manuscrit de “Langue l'angoisse” est rédigée au verso d'une lettre datée de novembre 1981. C'est la date la plus récente que l'on trouve dans le manuscrit d'Entre le marteau et l'écume.

À la suite d'Entre le marteau et l'écume, nous avons choisi de reprendre l'intégralité de Mots couverts, seul recueil publié du vivant de Béatrix Beck.
Même si certains poèmes de Mots couverts sont repris dans Entre le marteau et l'écume, les versions restent très différentes, du fait du travail de réécriture que Béatrix Beck n'a cessé d'opérer. Ainsi “Langue l'angoisse”, dans sa version définitive, est-il la fusion de trois poèmes dont deux sont parus initialement dans Mots couverts (“Langue l'angoisse” – dans une version beaucoup plus courte – et “Le chien de l'écriture”) tandis que le troisième, “Les mots dhe mob”, est publié dans la revue Ko-ko. “Corps étranger”, quant à lui, trouve sa source dans “Établissement psychiatrique”, paru dans Les lettres nouvelles mais aussi dans “Arctique de la mort” publié dans Mots couverts et dans “Allié né”, paru dans Ko-ko en 1977. Globalement, le travail de réécriture va, systématiquement, vers plus de concision. Les versions définitives sont beaucoup plus ramassées que les versions antérieures.
Pour les poèmes publiés en revues, nous n'avons, en revanche, retenu que ceux ne figurant ni dans Mots couverts ni dans Entre le marteau et l'écume. Quelques poèmes manuscrits et tapuscrits retrouvés dans les archives de Béatrix Beck achèvent ce volume des poésies complètes.

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Parution : juin 2013
ISBN : 978-2-916130-53-8
collection Micheline
Prix : 19 euros TTC
168 pages
Ouvrage publié avec le soutien du Centre national du livre
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L'auteur : Béatrix Beck

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